Mymedicoach : un outil qui colle avec l’actualité

La rédaction : Bonjour Docteur Stevens, vous êtes fondateur de l’application Mymedicoach, pourriez-vous m’indiquer brièvement votre parcours académique et professionnel?

 

Docteur J-E Stevens : Je suis médecin généraliste sur Bruxelles depuis 21 ans (1999). Je travaille aussi en partie comme médecin du travail dans le Hainaut. J'ai fondé Mymedicoach il y a 12 ans.

 

 

La rédaction : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à développer une application pour le coaching des patients à distance? 

 

Docteur J-E Stevens : Ce qui m'a toujours motivé en médecine, c'est d'une part, la transmission de savoirs et la vulgarisation des connaissances médicales dans le domaine de la prévention. Et d'autre part, l'autonomisation des patients pour leur permettre d'être des ACTEURS de leur santé.

Mon leitmotiv : "La connaissance libère mais pour cela, la connaissance doit être libre."

 

Pour atteindre ce but, nous avons créé, avec des kinés, l'application gratuite Mymedicoach qui permet de prescrire des exercices aux patients et de les suivre à distance. 

La rédaction : Que réalise l’application (l’app) Mymedicoach?

Docteur J-E Stevens :

 

Pour le patient:

  • Avoir son programme d'exercices -  

  • Voir les vidéos des exercices - 

  • Chaque jour, inscrire sur l'app ce qu'il a fait - 

  • Laisser un commentaire sur la manière dont cela s'est passé (visible dans ses graphes donc visible par son kiné) - 

  • Recevoir des messages d'encouragement (coaching) de son kiné (ou son médecin) et éventuellement lui envoyer des messages si nécessaire. 

 

Pour le kiné:

  • Se lier à un patient avec l'app - 

  • Lui proposer un coaching - 

  • Lui préparer des challenges (=exercices) et les envoyer par l'app - 

  • Modifier des challenges existants - 

  • Ajouter à un challenge existant des commentaires ou une autre vidéo (pour customiser un exercice existant). 

  • Coacher périodiquement le patient en examinant d'abord sa progression puis en lui envoyant le message d'encouragement (votre tableau de bord indique quel patient il faut coacher quel jour). 

 

Remarque importante : 

Avant de pouvoir commencer à coacher des patients via l'application, il ne suffit pas de la télécharger. Il faut aussi nous envoyer un mail à mymedicoach@gmail.com en mentionnant l’adresse de votre cabinet et numéro INAMI. Nous vous donnerons ensuite accès au tableau de bord de coach (gratuit).  

La rédaction : Le point fort de votre application par rapport à une liste d’exercices donnés sous la seule forme d’images ou de vidéos, c’est que la vôtre inclut un lien entre le thérapeute et son patient, en l’occurrence un véritable outil de communication. Comment s’effectue cette communication ? Est-ce que celui-ci est appelée à se développer ?

Docteur J-E Stevens : La communication se fait par la messagerie de l'application. Lorsqu'un kiné est lié à son patient sur l'application, il définit la fréquence à laquelle il veut coacher son patient. Chaque jour, il voit sa liste de patients à coacher. Il ouvre la fiche d'un patient, vérifie sa progression et ensuite lui envoie un message d'encouragement. C'est aussi simple que cela. La communication peut se faire dans l'autre sens : un patient peut lui envoyer un message. Les kinés avec qui nous avons créé l'application préfèrent ne pas avoir de visioconférence avec l'application pour deux raisons. 1. Il est difficile de contrôler le temps que cet appel prendra. 2. Les kinés ne veulent pas recevoir d'appels intempestifs. En cas de nécessité, un simple téléphone ou n'importe quel outil de visioconférence gratuit peut être utilisé en parallèle. C'est le feed-back de quelques kinés mais si d’autres expriment le besoin d'avoir un outil de visioconférence intégrée à l'application, nous le développerons. Vos feedbacks sont donc les bienvenus.  

La rédaction : Est-ce que la base de données en exercices types et vidéos est appelée à se développer encore plus ? Que souhaiteriez-vous couvrir à terme ?

Docteur J-E Stevens : Oui. Clairement oui. Le but est de couvrir le champ complet de la kinésithérapie. Une équipe de kinés ajoute en ce moment de nouveaux exercices. Ils seront disponibles dans une dizaine de jours. Vous pourrez ajouter vos propres vidéos ou des vidéos disponibles sur Internet aux exercices que vous enverrez à votre patient sur l’app. Cela permet des adaptations à l’infini. Et s’il vous manque des exercices, il suffira de nous contacter. Nous les ajouterons. Cela peut être fait rapidement. Pour le moment, l’app contient des exercices de cardio et des exercices pour les lombalgies.


La rédaction : En ces temps de confinement où les kinésithérapeutes ont dû demander à de nombreux patients d’attendre quelques semaines avant de reprendre la rééducation, est-ce que votre application est en mesure de pallier cette absence physique ?

Docteur J-E Stevens : Tout à fait. Les kinés et leurs patients qui utilisent actuellement l’application en sont ravis. De nombreux témoignages très positifs nous arrivent. Mais ce besoin d’un coaching à distance était déjà identifié bien avant la période de confinement.  

Il est très frustrant pour les kinés de voir que leurs patients ne continuent pas leurs exercices à domicile. Un ami proche a d’ailleurs arrêté la kiné pour cette raison. C’est vraiment dommage. C’est ce qui nous a poussé à créer cette application Mymedicoach.

La rédaction : Si je comprends bien, l’application se développe par la contribution des concepteurs mais également par celle des utilisateurs ? Dans ce cas et avant que l’exercice proposé soit visible par la communauté des utilisateurs, avez-vous mis en place un système visant à vérifier si cela est pertinent et correctement donné ?

 

Docteur J-E Stevens : Pour répondre à cette question, je vais prendre un exemple. L’exercice « étirements des ischio-jambiers avec chaise » contient une vidéo validée par un ensemble de kinés et réalisée par eux. Cette vidéo sera visible par tous les patients qui ont cet exercice dans leur application. Mais si vous voulez ajouter une vidéo supplémentaire à ce même exercice POUR CE PATIENT, c’est très simple. Vous créez vous-même une vidéo (ou bien vous en trouvez une sur Internet). Et vous ajoutez dans l’app le lien de partage à cet exercice pour ce patient-là. Elle ne sera donc visible que pour votre patient. Votre patient aura donc deux vidéos pour ce même exercice. Celle de l’app et la vôtre qui vous permet par exemple d’adapter cet exercice ou encore d’insister sur certaines instructions.

 

De nombreux kinés nous ont demandé d’ajouter d’autres exercices. Ce sera fait dans une dizaine de jours. Mais nous n’aurons pas le temps de réaliser les vidéos d’ici là. C’est en cela qu’il est intéressant pour un kiné de pouvoir ajouter ses propres vidéos pour son patient.

 

La rédaction : Une des caractéristiques de votre application est qu’elle est gratuite et dans ce sens, elle se démarque de celles que l’on trouve sur le marché. Comment financez-vous ce projet ?

 

Docteur J-E Stevens : J’ai toujours trouvé bizarre qu’un kiné ou un médecin doive payer pour un outil qui bénéficie principalement à ses patients. D’autre part, je suis très attaché à notre leitmotiv : "La connaissance libère mais pour cela, la connaissance doit être libre."

Jusqu’à maintenant, le développement s’est fait principalement sur fonds propres. Il y a trois autres sources de financement.

1. Des sponsors.

2. Les dons (via le site MyMedicoach).

3. Les premiers kinés utilisateurs ont demandé que l’on ajoute un module de paiement à l’application pour qu’ils puissent être rémunérés via l’app pour ce coaching à distance. De façon très transparente, nous ajouterons une commission à charge du patient. Ce n’est donc pas un prélèvement sur ce que le kiné va demander: c’est un ajout, une sorte de supplément pour financer le développement de l’application. La nuance a de l’importance. Le kiné peut donc être rémunéré pour son travail sans devoir payer de licence d’utilisation.

 

La rédaction : La télé-kinésithérapie ne fait pas l’objet d’une tarification inami malgré que cela demande du temps et de la recherche. Comment les kinésithérapeutes vont-ils faire pour être rémunérés pour ces séances de coaching à distance ? Que conseillez-vous ?

 

Docteur J-E Stevens : Les circonstances actuelles de confinement vont probablement changer la donne. Il ne serait pas étonnant qu’un code INAMI pour de la téléconsultation en kinésithérapie soit créé. Mais si c’est le cas, ce sera probablement provisoire.

Tout travail mérite salaire. Comme je le mentionne dans la question précédente, nous finalisons le développement d’un module de paiement qui va permettre à un kiné d’être rémunéré par son patient pour ce coaching à distance. Cela devrait être prêt vers le 10 avril. Mais l’argent ne peut pas être un frein pour se soigner correctement. Un patient pourra utiliser l’application gratuitement s’il ne désire pas ce coaching à distance. Son kiné lui aura programmé ses exercices durant la consultation.

La programmation de ces exercices peut aussi se faire à distance par le kiné. Cela permet la continuité des soins mêmes pendant cette période de confinement. De plus, s’il le désire, un kiné peut décider de coacher gratuitement un patient.

La rédaction : Je vous remercie pour ces informations précieuses et utiles dans ce contexte compliqué et vous souhaites beaucoup de succès dans cette entreprise bénéfique pour la santé publique !

 

Lien: https://www.mymedicoach.com/fr

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